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Actualité

22/08/07

«L'étudiant est un client»

Près de 236 000 immigrants auraient été accueillis au Canada en 2004 selon le gouvernement fédéral canadien ! Le deuxième plus grand pays du monde peine en effet à remplir ses 9 984 670 km2 par sa seule natalité. Dans ce flot de nouveaux arrivants se trouvent de nombreux étudiants (environ 130 000 par an), habitants provisoires ou non, attirés par les atouts du système universitaire canadien. Est-il besoin de le mentionner, le Canada – ses chanteurs de variété à voix nous le rappellent assez régulièrement... – possède deux langues officielles, l'anglais et le français. Voilà certainement une des raisons de la venue d'environ 5 000 étudiants français tous les ans. Le Québec, c'est l'Amérique du nord en VF ! Cette province attire d'ailleurs la majorité d'entre eux, environ 4 700 en 2001 selon l'agence EduFrance. Un chiffre qui aurait presque quadruplé depuis 1998, où ils n'étaient que 912. Parmi les quelque 93 universités canadiennes (et les 250 collèges techniques), on compte quatre universités francophones au Québec, six dans d'autres provinces et cinq universités bilingues.

«C'est la disponibilité qui compte et c'est ce que viennent chercher les étudiants français chez nous», explique Gilles Breton, responsable du Bureau des relations internationales de l'université de Laval. En plein coeur de la ville de Québec, cet établissement fait partie des plus grands du Canada et les étudiants français y forment la plus importante population d'étrangers (800 en 2005 sur environ 38 000 étudiants en tout). Laval est obligée de compter avec les étudiants venus d'autres régions ou d'autres pays car la population du Québec n'est pas en période de croissance. Et, pour rester une université attractive, «il faut pouvoir satisfaire nos clients (les étudiants), nos actionnaires (la société), nos salariés (les professeurs)», estime Michel Pigeon, recteur de l'établissement.

Les universités canadiennes tiennent toutes le même raisonnement et se vivent quasiment comme des entreprises. Cette philosophie comporte des avantages pour les étudiants, notamment en termes d'enseignement et de qualité des infrastructures. «La qualité de l'enseignement est excellente ! Nous ne sommes pas plus de 20 élèves en tutorial (TD). Les professeurs sont prêts à répondre à toutes les questions, même les plus insignifiantes, même en dehors des cours», s'enthousiasme Caroline Marty, en 3e année à Sciences po Lille, venue passée son année d'études à l'étranger à l'université de Toronto.

Pour Jérémie, en maîtrise d'anglais à la faculté de Mulhouse en Alsace, en échange à l'université d'Alberta et assistant du professeur de français, «il n'y a pas de relation maître/élève mais une relation entre une personne qui veut apprendre et une autre qui veut enseigner. C'est comme dans Le Cercle des poètes disparus». «L'encadrement est parfait. De plus, les cours sont disponibles sur un site Internet et les profs joignables par mail, renchérit Paul Gasq, en maîtrise Mass à Paris-I et en échange dans la même université. J'ai également été surpris par la quantité de travail exigée. Le contrôle continu tient une place très importante, c'est l'inverse du bachotage à la française.» La pédagogie adoptée dans l'enseignement supérieur canadien n'a en effet rien à voir avec celle des universités françaises. Les professeurs n'imposent pas de plans. Les cours, où le tutoiement est de rigueur, s'apparentent à des débats entre les élèves et l'enseignant. En ce sens, le Canada regarde plutôt du côté des États-Unis que de l'Europe.

Pourtant, quelques critiques se font entendre. «Ici, les élèves peuvent s'exprimer plus librement mais l'exigence intellectuelle est moins forte qu'en France», note par exemple Constance Vilgrain, en 3e année à Sciences po Paris en échange à UBC. «Durant les examens, les étudiants canadiens n'utilisent même pas de feuilles de brouillon, ils écrivent directement leur devoir !» s'étonne Joëlle Silberstein en DEA d'histoire contemporaine à Paris-IV en échange à Glendon. «Les élèves viennent pour avoir un diplôme et non pour développer leur esprit critique. Ils ne sont pas préparés à devenir des citoyens», regrette Jean-Jacques Defert, doctorant en anthropologie littéraire en échange à Alberta.

Cela dit, les étudiants français se montrent tous admiratifs de l'immensité des campus et de la richesse des moyens technologiques des grandes universités. «Bibliothèques, accès illimité aux ordinateurs ou installations sportives gratuites, énumère Julien de l'Ieseg Lille, en échange à l'université d'Alberta. Les in fras truc tures françaises ne soutiennent pas la comparaison.» Prises dans une course à la modernité, la plupart des universités construisent en effet de façon frénétique de nouveaux bâtiments et ne cessent de renouveler leurs équipements. Pourvue d'une dizaine de bibliothèques, d'un musée d'ethnologie et du tout nouveau laboratoire Michaël-Smith (prix Nobel de chimie 1993), consacré à la recherche sur le génome, l'université UBC (University of British Columbia, Toronto) offre par exemple un cadre de travail de rêve. La quinzaine d'élèves en échange en ce moment à UBC apprécie à sa juste valeur ce campus romantique et moderne qui se détache sur de grandes montagnes bleutées, tout droit sorties d'un tableau de Frederich. Mais cet environnement a un prix et le financement des études apparaît comme le revers de la médaille de ce système aux étudiants expatriés. (lire ci-dessous)

Infos pratiques : www.cic.gc.ca/francais/etudier ; www.ambafrance-ca.org ; www.canada-culture.org ; www. studyincanada.com

Études : les équivalences
La licence française correspond à un baccalauréat général canadien (ou bachelor), la maîtrise à un baccalauréat spécialisé (Bachelor of Honors), le master à une maîtrise (master). Attention, ces équivalences ne sont pas systématiques et les universités les accordent ou non aux étudiants étrangers en fonction de leurs propres critères. Par ailleurs, le système d'enseignement secondaire diffère selon les provinces. Les «lycéens» doivent en général effectuer douze années de scolarité avant d'entrer dans l'enseignement supérieur. Au Québec, le secondaire compte une année de moins mais l'accès au supérieur est conditionné par deux ans d'études supplémentaires dans un Cégep (Collège d'enseignement général et professionnel) et l'obtention d'un DEC (Diplôme d'études collégiales). Il existe un accord cadre franco-québécois portant sur la reconnaissance des diplômes et la validation des études datant de 1996. Il stipule que le baccalauréat français comme le DES permettent d'accéder au premier cycle d'études dans les deux pays. Cependant, l'université n'est pas ouverte à tous. Les établissements sélectionnent leurs étudiants en fonction de leurs résultats et de leurs spécialités dans l'enseignement secondaire.